Laurence Pottier-Caudron

Comment vous êtes-vous organisé pour réagir à la crise du Covid 19 ?

Il était évident pour moi, après avoir organisé la continuité de l’activité de l’entreprise de rester sur le pont et de soutenir ce qui fait la force du réseau que j’ai créé il y a 20 ans : ses franchisés !

D’abord, en prenant le temps de la compilation et de l’analyse d’informations, puis en focalisant l’énergie de mon équipe franchiseur sur l’aide et le soutien au réseau… Cela a été facile car c’est l’état d’esprit qui règne déjà chez nous en temps normal. Nous sommes allés au-delà toutefois. J’ai communiqué en permanence avec mes franchisés. J’ai aussi décidé, après échange avec le comité stratégique du réseau composé de 5 franchisé(e)s, de supprimer les redevances minimales contractuelles de l’année pour tous mes franchisés (ce qui équivaut à 500 000 euros). L’idée étant de ne pas ajouter de la difficulté à la difficulté… Nous avons également mis en œuvre des outils de partage pour que chaque franchisé puisse faire remonter les informations utiles aux autres, cela permet de faire vivre l’intelligence collective.

Comment avez-vous géré l’aspect émotionnel ?

Le métier de leader c’est d’absorber 80% d’inquiétude et de la transformer en 80% d’énergie positive. J’ai donc dû apprendre à recycler énormément d’énergie en peu de temps ! Le caractère soudain du confinement et des annonces gouvernementales a généré beaucoup de stress. J’ai souhaité que les personnes les plus sensibles à ce dernier dans mon équipe tête de réseau, rentrent en priorité chez elles. Il m’a fallu, pour ma part, garder la hauteur suffisante pour éviter de réagir à chaud, en conservant constamment en tête que cette tempête apportera du bon, et notamment une phase de relance. En leadership, on apprend que quand tout va bien la non-intervention s’impose. On apprend aussi que dans la tempête, le leader devient essentiel. En ce qui me concerne, je suis quelqu’un d’action. J’ai pour habitude de gérer les situations d’urgence le plus rationnellement possible et avec sang-froid … Les émotions s’expriment dans un second temps, quand j’ai le sentiment d’avoir fait tout ce qui était en mon pouvoir pour gérer au mieux la situation. C’est dans cette seconde étape, que je dois récupérer de l’énergie.

Comment tenir le choc ?

En étant bien entourée ! Mais cela se construit avant … C’est parce que j’ai la chance d’avoir des collaborateurs engagés que je ne me sens pas seule. J’ai aussi des franchisés qui sont de véritables entrepreneurs et assument leurs responsabilités et leurs risques. Ils ont compris qu’un réseau c’est un écosystème vivant qui ne vit que par la complémentarité, la solidarité et l’intelligence collective. C’est enfin parce que je suis dans un groupe APM que je peux partager avec d’autres chefs d’entreprises de tous secteurs d’activités dans un pareil moment.  Il y a également beaucoup d’échanges avec franchise Management, mon conseil en franchise pour prendre de la hauteur et confronter les positions. Il est important de pouvoir partager ses doutes avec certains pour être en capacité d’apporter de l’énergie et de la sérénité à d’autres.

Quelle leçon tirez-vous de cette crise pour votre entreprise sur le très long terme ?

Même si nous sommes, en 20 ans, passés d’un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros (1ère agence Temporis) à 350 millions (chiffre 2019), nous continuons à prôner l’idée de départ : une stratégie de développement basée sur la construction de la meilleure image de la profession plutôt que sur le plus gros chiffre d’affaires !

Nous mesurons pleinement en ce moment la notion de liberté que nous nous sommes octroyée, en nous donnant les moyens de ne jamais faire la course au développement court terme !

La bonne leçon du moment est certainement celle dont nous avions conscience mais que nous nous prenons de plein fouet qui est de ne jamais rien considérer comme acquis ….

L’économie n’est qu’une succession de crises (tous les 10 ans environ) et de relances. Certains entrepreneurs ont parfois tendance à l’oublier, surtout après 10 ans de croissance.

Cette crise nous rappelle que gouverner, c’est prévoir. C’est anticiper les années difficiles et se préparer à capitaliser sur les années plus fastes.

Comment se passe l’activité de votre réseau depuis le déconfinement ?

Après avoir organisé la gestion des clients intérimaires et des permanents agences, nous avons mis à jour nos budgets de cette année et de l’année à venir. Ce qui nous a permis de travailler rapidement sur la reprise pour remettre tout le monde en action au plus vite. Notre objectif, était de repartir plus vite que le marché en prenant immédiatement les bonnes décisions, notamment en mobilisant les équipes et en étoffant l’offre digitale.

Aujourd’hui, nous sommes contents de voir que ça a porté ses fruits, car les chiffres remontent ! Même si nous ne sommes pas encore au niveau d’activité de la semaine 11, c’est-à-dire avant le confinement, l’intérim est une bonne alternative pour les entreprises qui prônent la prudence. En effet, quand un entrepreneur ne sait pas où il va, il peut avoir recours au réseau Temporis pour faire face à un accroissement temporaire d’activité.