Gilles Poupion et Isabelle Aublé, franchisés associés de l’agence du Havre, ont mis en œuvre une démarche active en faveur de l’emploi des personnes handicapées.
Isabelle Aublé nous confie dans une interview, la démarche dans laquelle son agence s’implique quotidiennement, afin de lever les barrières, encore trop présentes.
Vous avez développé l’emploi des personnes handicapées au sein de votre agence ? Qu’est ce qui vous a motivé ?
Dans un premier temps, toute l’équipe est sensibilisée à l’emploi des personnes handicapées. De plus, Gilles est moteur sur ce sujet, puisqu’il a fait partie d’une société de travail temporaire d’insertion.
Quelle a été votre démarche ? y a-t-il eu des étapes incontournables ?
Nous avons ouvert en novembre 2007 et au début, cela ne faisait pas partie de notre priorité. Et puis, nous avons rencontré une entreprise qui ne recrutait que des travailleurs handicapés, dans le cadre de ses recrutements de personnel permanent comme dans cadre de ses surcroîts temporaires d’activité. Cette entreprise a souhaité que nous devenions partenaires, afin de lui proposer des candidats travailleurs handicapés. La première démarche fut donc à l’initiative de cette entreprise, à savoir comment collaborer pour trouver des profils. Ensuite, on a accentué cette démarche en sensibilisant tous nos clients entreprises sur l’emploi des personnes handicapées et parallèlement, sur l’application de la nouvelle loi prenant effet en janvier 2010.
Notre première démarche a été de rencontrer tous les acteurs de la ville du Havre avec lesquels on pouvait s’associer, et notamment Cap Emploi, qui propose à ses entreprises partenaires, des compétences et aux travailleurs handicapés, des CDI bien sûr, mais aussi des CDD et des contrats de travail temporaire.
Avez-vous rencontré des freins à l’embauche ? Et si oui, comment y avez-vous remédié ?
Le 1er frein a été celui d’avoir une fausse idée du travailleur handicapé, avec la certitude que l’entreprise n’était pas forcément accessible à tout travailleur handicapé. Ce frein provient à la fois d’un manque d’information sur les travailleurs handicapés, mais également sur leurs différentes formes de handicap.
Pour y remédier, il faut communiquer ! Il faut informer le client entreprise de ses obligations légales mais également lui présenter les différents organismes encadrant l’emploi des travailleurs handicapés ainsi que les aides disponibles. Il faut également lui proposer le savoir-faire de Temporis en la matière, afin de faciliter l’intégration d’un travailleur handicapé au sein de son entreprise.
Y a-t-il des secteurs d’activité où les entreprises recrutent davantage ?
Les secteurs tertiaire et logistique sont en effet les plus propices à l’embauche de travailleurs handicapés. Le secteur de la pétrochimie sur le Havre possède une politique d’emploi en ce sens, mais nous rencontrons des freins au niveau des sous-traitants (chaudronnerie, tuyauterie...) qui obéissent à de nombreux critères d’accessibilité au niveau de la sécurité. Dans les usines et industries en production, les règles de sécurité sont capitales et une analyse de poste plus pointue est indispensable.
Quelles sont les entreprises qui développent véritablement une politique d’emploi des personnes handicapées ?
Sur Le Havre, les sociétés de transit maritimes ont des politiques d’emploi. Elles sont par exemple regroupées dans un même immeuble ce qui permet de faciliter l’accès aux travailleurs handicapés (ex : mise aux normes des locaux, ascenseurs, rampes d’escalier…). La ville du Havre fait également un effort particulier sur les trois ans à venir et a ainsi signé une convention avec le FIPHFP (Fond pour l’Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique) afin d’intégrer les travailleurs handicapés au sein des services municipaux.
Le travailleur handicapé est souvent associé à une personne en fauteuil roulant, alors qu’il peut également s’agir d’une déficience motrice, d’une allergie ou d’une déficience auditive qui sont, ce que l’on appelle, des handicaps non invalidants et non visibles pour certains. Il faut travailler en terme de communication tant au niveau des entreprises, que des candidats, qui ne savent pas toujours comment se positionner et parler de leur handicap lors des entretiens d’embauche.
Y a-t-il des partenariats à développer ?
Lorsque l’entreprise vous propose de travailler sur sa politique de recrutement, il ne faut pas hésiter à lui proposer des profils « travailleurs handicapés ». En effet, en faisant une analyse de poste plus pointue, le chef d’entreprise s’aperçoit tout naturellement qu’il peut proposer ce poste à un travailleur handicapé, tout en répondant à ses obligations légales. Ainsi sensibilisé au sein de son entreprise à l’emploi de personnes handicapées, il mène une réflexion quant à la présence dans ses effectifs, de travailleurs handicapés non reconnus.
Le salarié peut en effet, se faire reconnaître en tant que travailleur handicapé à titre personnel, dans sa vie privée, parce qu’au quotidien son handicap le gène. Par contre il ne pense pas forcément à le faire auprès de son entreprise. Cela peut en effet être utile, au salarié, pour l’aménagement de son poste de travail et à l’entreprise, dans le cadre de l’obligation d’emploi de personnes handicapées.
Y a-t-il des sources de recrutements spécifiques ?
Pour nous, Cap Emploi arrive en premier, ensuite il y a les missions locales qui sont à même d’accompagner les travailleurs handicapés de moins de 26 ans et les associations spécialisées. Il y a également tous les ESAT (Etablissements ou Services d’Aide par le Travail) et les ateliers de travail protégé qui peuvent proposer des candidats. Sans oublier le conseiller Pôle Emploi. On peut également travailler en direct avec ces établissements pour renforcer leur activité ou faire sortir un travailleur handicapé qu’ils auront accompagné pendant un temps, et qui est aujourd’hui prêt à l’emploi dans une entreprise privée.
Qui sont aujourd’hui vos principaux clients entreprises ?
Les paysagistes, qui recherchent des compétences en espaces verts mais aussi en petite mécanique. Nous avons également travaillé avec un bureau d’étude, pour le recrutement d’un dessinateur industriel. Nous avons travaillé avec un transitaire maritime pour l’embauche de deux agents de transit en CDI, et également avec une entreprise de vérification de pièces automobiles. Une entreprise de chaudronnerie nous a demandé de travailler sur sa politique de recrutement en général, et dans ce cadre, je vais lui proposer l’intégration de travailleurs handicapés, sachant qu’il y a une partie production mais également une partie administrative (accueil, gestion, comptabilité, …).
Quels types de contrats de travail sont privilégiés ?
Au départ, on démarre avec un contrat d’intérim, car il permet à l’entreprise de diminuer sa contribution et de mettre en place des aides financières proposées par l’AGEFIPH. On peut aussi proposer une prestation de placement avec une embauche en CDI. On peut également mettre en place un contrat de professionnalisation. Néanmoins, en deux ans d’activité nous n’avons pas eu recours à ce type de contrat pour l’emploi d’un travailleur handicapé.
Bénéficiez-vous d’aides spécifiques à l’embauche ?
Chez Temporis, la démarche « travailleur handicapé » est une prestation de service supplémentaire. C’est l’entreprise utilisatrice qui reçoit les aides. Les aides sont étudiées au cas par cas (demandeur d’emploi, taux d’invalidité...). Les aides peuvent être attribuées à l’entreprise utilisatrice, au travailleur handicapé ou dédiées à l’aménagement d’un poste de travail dans le cadre de la réalisation de travaux dans l’entreprise ou bien encore dans le cadre de la formation d’un travailleur handicapé en vue d’une montée en compétence. Il est important, en ce sens, que lorsqu’on intervient dans une entreprise utilisatrice et que l’on propose l’embauche d’un travailleur handicapé, que nous soyons en mesure de présenter les organismes partenaires et les aides proposées.
Y a-t-il un coefficient moyen de délégation ?
Il n’y a pas de coefficient type pour les travailleurs handicapés, nous travaillons en fonction des compétences et de la difficulté du métier. Nous avons été rapidement sollicités pour la délégation de travailleurs handicapés et ce, dès l’ouverture de notre agence. Au fur et à mesure, nous affinons les demandes ainsi que nos propositions commerciales. Il n’y a actuellement rien de figé, mais c’est peut être quelque chose à travailler, afin de proposer cette prestation qui constitue une véritable valeur ajoutée.
Quels types de qualifications déléguez-vous ?
Au bout de 2 ans, Temporis Le Havre est réputée pour ses qualifications pointues. Il n’y a pas de compétences faciles à trouver.
Y a-t-il un « profil type » de travailleur handicapé ?
Il n’y a pas de « profil type », par contre on va retrouver deux types de travailleurs handicapés : le travailleur handicapé reconnu dès la naissance et le travailleur handicapé reconnu suite à un accident où à une maladie. Le premier a appris à vivre avec son handicap, quant au second, il a besoin d’être accompagné au maximum avant d’être prêt à l’embauche. Avec ce dernier, nous allons davantage travailler sur de la reconversion ou sur un projet professionnel. Il doit bien évidemment, être accompagné par des organismes spécialisés avant de venir chez Temporis.
Quelles sont les actions particulières que vous menez sur l’emploi des personnes handicapées ?
Nous avons participé au mois de novembre 2009 à une journée sur l’emploi des personnes handicapées dans le cadre de la semaine nationale dédiée aux travailleurs handicapés. Nous y avons rencontré des entreprises et des candidats, ainsi que des institutionnels. J’entretien également des contacts réguliers avec les acteurs de Cap Emploi et de la mission locale, afin d’informer et de rencontrer les travailleurs handicapés.
Nous avons également envoyé un mailing sur l’emploi des personnes handicapées à de nombreuses entreprises. Nous avons eu de très bons retours suite à celui-ci. Nous sommes désormais reconnus comme une agence d’emploi spécialiste du recrutement de travailleurs handicapés. Ce que je souhaite aujourd’hui c’est être une agence d’emploi reconnue auprès de l’AGEFIPH et pouvoir ainsi signer avec eux dans un premier temps, une convention régionale, qui pourrait être étendue au niveau national, au réseau Temporis.
Avez-vous effectué des aménagements particuliers au sein de votre agence afin de faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite ?
Le concept Temporis et notamment le plancher en bois permet un accès facilité aux fauteuils roulants, néanmoins, nous n’avons à ce jour pas fait installer de rampe d’accès. Le cas d’un travailleur handicapé avec un handicap lourd et notamment en fauteuil roulant ne s’est pas présenté. Les travailleurs handicapés viennent en effet nous voir après être préalablement passés par un de nos partenaires et uniquement si nous avons un poste à pourvoir correspondant à leur compétence.
Quels conseils donneriez-vous à un franchisé qui souhaiterai développer l’emploi de personnes handicapées dans son agence ?
Avant tout, avoir envie de le faire et être vraiment passionné par cela, car c’est un travail à long terme. C’est un travail autant au niveau des sources de recrutement que de la sensibilisation des entreprises, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Effectuer la veille pour le lendemain une action, ce n’est pas possible. Il faut vraiment que les équipes Temporis soient motivées et sensibilisées par rapport à cela. Elles doivent également s’entourer d’organismes compétents par rapport à la loi et aux aides financières. Notre agence ne remplace pas ces organismes, nous travaillons avec eux en réel partenariat.
Après de 2 ans d’activité, où en est votre démarche ?
Au bout de deux ans, notre image est celle d’une agence d’emploi ayant la capacité à sortir des sentiers battus. En terme de chiffres, ce n’est pas représentatif pour le moment mais nous sommes optimistes.
Est-ce que le développement de ce secteur ne vous freine pas dans d’autres ?
C’est vrai que nous sommes reconnus davantage comme une agence offrant des services de ressources humaines qu’en tant qu’agence d’intérim classique. On fait appel à nous pour des profils pointus. Par exemple, actuellement, je recherche une juriste spécialisée ayant un master des droits de la mer et activité portuaire avec une expérience de 5 ans en contentieux logistique. Je passe beaucoup de temps auprès de sources de recrutements qui me permettront de trouver ce profil.
Nous intervenons par ailleurs sur un site classé SEVESO où les personnes doivent avoir un minimum d’habilitations sécurité et où les démarches administratives sont plus longues.
Pour résumer, nous sommes une agence d’emploi qui a la capacité d’intervenir dans le recrutement des cadres, le recrutement des travailleurs handicapés, la formation, et tout ceci en plus de notre cœur de métier, l’intérim. Notre professionnalisme nous a de plus valu le label « agence formatrice », qui nous permet de recevoir les nouveaux franchisés intégrant le réseau Temporis.




- José de San Nicolas - Forum de Lyon 2011